lundi 13 mai 2013

SNARKY PUPPY !

Jazz Mag Mars 2013...
Snarqui qui ?! par Michel Benita.

Un article par un artiste.
Des questions d'une grande pertinence.
Des mots qui accrochent, une interview pétillante de jeunesse et d'intelligence qui fait découvrir un groupe, ou plutôt une sorte de collectif, des jeunes, installés à New York.
Un bassiste, compositeur leader, lucide, inventif, conceptuel et toujours animé d'un immense plaisir à jouer, à parler de sa musique (une interview qui le prouve...) :  Michael League.

Youtube...
A peine l'article lu (et relu), couvert d'un tapis d'influences (r'n'b, gospel, jazz, new orleans, seventies, hiphop, house, dubstep, grosse dose de funk...), affichées en symbiose musicale, j'ai foncé sur Youtube afin de découvrir ce groupe.

Je m'attendais, après lecture, à du lourd...
C'est mieux que ça, c'est, en quelques secondes, comme le dit Michel Benita : addictif.
J'ai passé mon dimanche à écouter, disséquer, adorer, écouter, ingurgiter et intégrer la musique hyper enthousiasmante de ces jeunes à la moyenne trentenaire et qui proposent là un projet, un concept phénoménalement jouissif.

Des enregistrements en situation "live" qui posent l'ensemble, au personnel varié et hétéroclite, autour d'un public muni de casques...
Guitaristes associés en sonorités soignées, claviéristes usant d'Hammond, de Rhodes, de Moogs et Nordlead (etc...), section cuivres, section cordes, section percussions et un batteur puisant, inventif et d'une rigueur fédératrice...
Les vidéos prises en live ne trompent pas, ça joue énorme, c'est d'une rigueur à faire pâlir une classe d'étudiants en jazz telle que j'en connais, c'est inventif et innovant car totalement synthèse de tant d'influences qu'on en reste bouche bée, jamais la prise de tête ou l'intellectualisme ne s'affichent alors que la texture musicale est d'une pensée de la plus haute volée...
Bref, c'est pour moi la grosse claque et la grosse découverte...
Le hasard n'existe pas - elle tombe pile au moment où j'en avais besoin...

Snarky Puppy - Bent Nails (groundUP) - YouTube
Snarky Puppy "Whitecap" HD excerpt from full length DVD - YouTube
Snarky Puppy - Binky (groundUP) - YouTube
Snarky Puppy - Minjor (groundUP) - YouTube
Snarky Puppy - Thing of Gold (groundUP) - YouTube
Snarky Puppy - Mr. Montauk (groundUP) - YouTube
Snarky Puppy - Quarter Master (groundUP) - YouTube
Flood - YouTube
Snarky Puppy - "Ready Wednesday" @ Music Lab at Jefferson Center - YouTube
Bring Us the Bright - Snarky Puppy at Morley (London, UK) - YouTube


Alors je ne m'attarde pas, c'est inutile, les liens ci dessus sont suffisamment éloquents (et il y en a bien d'autres).
Je me permet, au passage, de remercier Michel Benita qui par cette interview et cet article m'a permis cette découverte impressionnante, enthousiasmante, riche...
La musique est ici joie de vivre.
L'intelligence et l'imagination - la créativité et la jeunesse ne sont pas en crise, ah, que ça fait plaisir !
(l'envoi des liens vidéos a même guéri d'une crève l'un de mes meilleurs amis et ça l'a lui aussi boosté pour les mois à venir... comme quoi).

De quoi démarrer la semaine en mode énergique...

Merci.

samedi 11 mai 2013

MICHEL POLNAREFF – 1975 (Fame a la Mode).


MICHEL POLNAREFF – 1975.

Tristesse…

Enthousiasme…

Il est parti, il s’est cassé…
Quelle bande de c… que ces politiques français capables de laisser partir un tel artiste, celui en qui toute une génération nourrie au rock profondément pourpre, zeppelinien ou encore post Beatles, voir folkysant avait vu enfin ses espoirs artistiques sonores réalisés en une idole.

Voilà la profonde "tristesse" qui m’envahit à l’annonce de son départ aux US, assortie d’un : « après tout, on l’a bien mérité, eux aux moins (ces américains) savent ce qu’est la musique, le talent, le génie »…
Adolescent on ne mâche pas ses mots, on ne calcule pas quand il s’agit de défendre farouchement ses idoles et là, un peu de cocorico en pleines seventies ne (me) faisait pas de mal.

Puis, au détour d’un bouquin autobiographique, explicatif, anecdotique, « Polnareflexion » acheté dès sa sortie afin de tenter de comprendre, d’en savoir plus sur l’artiste hyper médiatisé, révélant une sorte d'attachant Gainsbarre avant l’heure, provocateur en plein départ de la phase giscardienne, voici qu’il assène le coup fatal en sortant dès son arrivée outre atlantique cet album rebaptisé "Fame à la mode", chanté intégralement en anglais.
« Vous avez compris ? C’est là-bas de toute façon que mon art va s’exprimer librement, se développer, se réaliser pleinement » semble dire ce coup de chapeau à l’apparente volonté de dimension internationale.
C’est donc effectivement avec un "enthousiasme" sans aucune limite que je me procure l’album.

Je suis à Grenoble (Échirolles, on vient d’arriver…) – en troisième.
La symbolique du cœur, du casque (ce truc que j’avais en permanence sur les oreilles afin de m’échapper de l’oppressante atmosphère familiale), du titre uniquement patronymique, qui sonne comme ce nouveau départ - tout est là pour attiser l’adhésion, la convoitise, l’intérêt, le bonheur… du fan.

Michel Polnareff…

Gamin je n’avais pu passer à côté du personnage et, quelque part, m’identifier à lui, parmi cette pléthore de rockers, m’était apparu normal en ces années tristounettes, grisâtres où seule la musique, l’art et les amourettes permettaient un refuge vers le soleil.

J’étais heureux à la Maîtrise,  au Conservatoire, sur scène… pas vraiment chez moi.
Je me plaisais en compagnie de jolies filles (il faut dire que quand on se retrouve dans des études axées sur le chant et la musique, mais aussi la danse, l’entourage est essentiellement féminin)…
J’adorais visiter les musées, et aussi aller écouter dès que possible, de la musique chez mon oncle et ma tante.
Le reste du temps, si je sortais, c’était pour retrouver des potes éphémères et aux looks pailletés et chevelus tout comme moi, sorte de code vestimentaire impliquant l’écoute des mêmes musiques et dont Michel Polnareff était en quelque sorte la symbolique "provocatrice" médiatiquement montrée du doigt, à la française…
Avec ces potes, en complet décalage avec cette éducation "comme il faut" assénée par mes parents (dans laquelle j'ai trouvé une large partie de mon compte, ne jetons pas tout en vrac et n'importe comment...), on enfourchait alors des bleues piquées dans le garage des parents (on n’avait vraiment pas l’âge de les conduire) et on partait à l’aventure dans les chemins de campagne, sur les routes désertes qui aujourd’hui ont vu pousser Eurodisney, ou on allait frimer dans la cité voisine, en fumant clopes et pétards autour du salvateur abri bus ou du banc du milieu de nulle part.
La bagarre était un mode de vie.
Rockers/Mods… ici devenait petites frappes contre chevelus bigarrés.
La confrontation dans la vie forge le caractère dit-on...
C'est du domaine du possible, je l'ai vérifié.

Quand le crachin ou l’éternelle pluie parisienne imposaient la chambre, que mon oncle et ma tante sortaient en ville ou chez des amis et que ma frangine restait plantée devant l'écran déjà vide d'intérêt et envahissant de la télévision, il me restait alors mon piano Sauter sur lequel je faisais, en plus de mon travail quotidien, de longues, de très longues improvisations, coupées de, par la porte entrebâillée : « Il faut que tu arrêtes ça, travailles plutôt tes morceaux, ta prof t’a demandé de réviser ton Czerny, de faire ton Hanon » - « Tu as fait ton solfège ? » - avec parfois en sursaut : « Retires donc ce casque ou je te le confisque ! » …

Parfois ces improvisations étaient issues d’albums écoutés à longueur de semaine (au casque, justement), d’autres fois, je laissais les doigts courir et je notais ensuite, dans un cahier secret ce qui me restait comme « acceptable ».
Je n’avais à cet âge aucune notion de chiffrage d’accord et alors le temps s’étirait envahi par cette fastidieuse mais passionnante besogne de l'écrit "note à note", que cet écrit soit horizontal mais, le pire, bien sur, vertical.

Pendant ces moments pianistiques je travaillais souvent un recueil acheté au magasin de musique sous le R.E.R du Parc de Saint Maur, station à laquelle je sortais pour aller à mes cours du soir, au Conservatoire.
Ce recueil était celui des chansons de Michel Polnareff.
Il n’y en avait pas cinquante, mais elles étaient pianistiquement écrites et je passais des heures à égrener puis arpéger pour enfin marteler ces mélodies devenues maintenant patrimoine de radios nostalgiques : « La poupée », « Love me », « On ira tous », « Âme Câline »…
Avec ça dans les doigts, les réflexes d’improvisation finissaient souvent par tourner autour de ces suites d’accords pop, triades issues d’une culture classique mise au service d’un propos accrocheur, actuel, que je visais novateur.

Bien plus tard, à Grenoble, en seconde, j’ai prêté de recueil à un pote…
Il ne me l’a jamais rendu.
Je lui ai longtemps réclamé.
J’en aurais fait une jaunisse…
C’est fou ce qu’on s’attache aux objets de la vie…
Je crois que je lui en veux presque encore en y repensant…
Un bien étrange sentiment que celui là.

Parmi l’ensemble de petites choses de la vie que j’adorais gamin, il y avait le métro…

Cela peut sembler incroyable aux yeux de ceux qui passent leur temps au gré des rames pour faire leur trajet quotidien au milieu de la foule, attaqués par le "ouinnnn" des sonnettes de fermeture de portes, qui pratiquent la course effrénée parmi les autres fourmis matinales puis nocturne, qui sont assaillis à longueur de  temps de vie par des regards mornes, des odeurs diversement agréables, repoussantes ou mêlées, des sons tour à tour usants, agressifs, quotidiens, réflexes…

Le quai, le wagon, l’affluence qui fait tour à tour, une fois la myriade de clopes jetées à même le sol (un souvenir bien distinct de mon enfance que cela), se retrouver, haut comme trois pomme, à côté de la gentille mamie qui vous offre un espace protecteur, du costard cravaté qui s’appuie sur votre tête afin de lire « Le Monde » ou « France Soir », du clodo qui entre et dont la puanteur fait fuir un carré complet, vous laissant alors, en entre deux rames, profiter d’un choix de huit strapontins béants et grinçants, de la midinette obnubilée à ne pas tâcher son tout nouveau tailleur ou qui serre de façon protectrice son sac à mains, en cas…
J’adorais…
Dans le métro il y avait surtout, ces objets surdimensionnés qui accrochaient mon regard et mon esprit de gosse : les affiches…
Cet univers imaginatif me faisait tour à tour rêver, m’échapper au gré de paysages, d’annonces, de looks, de top models fantasmés, d’alcools prohibés.
Il agrémentait mon quotidien fantasmagorique enfantin …
Du bo, du bon, Dubonnet…

Michel Polnareff…
De ma mémoire d'enfance, donc…

Un matin de 1972, le scandale était sur toutes les lèvres, les parisiens souterrains en arrivaient même à parler entre eux, choqués, scandalisés, heurtés dans leur prude éducation post gaulliste.
L’objet de toutes les attentions était cette gigantesque affiche…
Un homme, jeune, chevelu et lunetté, montrait son cul au public – un cul qui pouvait être plane, bombé ou arrondi selon le fil des stations.
Il narguait de bon matin, sur un fond rouge vif et sapé comme une nymphe diaphane de chez David Hamilton, tout un peuple de fourmis travailleuses.
Il affichait son statut d’artiste renforçant par-là dans les esprits bien éduqués tout un argumentaire affirmant que les artistes sont des scélérats, des obsédés, n’ont aucune éducation, qu’ils gagnent leur vie de façon abusive…
On entendait des « oh », des « c’est scandaleux »…
Parfois ce qui alors était une insulte pouvant déclencher les pires bagarres sortait instinctivement des bouches des plus choqués : « pédé ! »… (il en a fait citation dans une de ses chansons, "Je suis un homme").

Ce jour-là je suis arrivé en retard au collège.
Il y avait deux raisons, liées.
La première était indépendante de ma volonté, car le bordel engendré par l’affiche avait ralenti le flot humain et causé nombre de réactions sur la voie publique, occasionnant de nombreux retards et faisant sortir de leur guérite toute une panoplie d’agents de la R.A.T.P énervés.
La seconde fut que, chevelu en herbe moi-même, j’étais resté, sortant volontairement de station en station afin de profiter de l’ambiance et du spectacle, absolument contemplatif et admiratif face à ce coup de maître, cette provoc’ que j’identifierais plus tard comme une sorte de rock attitude.
En plus il passait à l'Olympia le jour de mon anniversaire...
Tout ça, ça marque...

Michel Polnareff était donc définitivement entré dans ma vie.
Il était un musicien que j’admirais et que je jouais en permanence au piano.
Son look ambigu et androgyne était une visée adolescente qui m’avait obsédé depuis longtemps, ayant adhéré puis tenté de mimer son "évolution".
Ses déclarations télévisées étaient des paroles dont je m’abreuvais....
Là il avait fait très fort.

Je revois encore les parisiens choqués…
L’aveugle immuablement ancré en milieu de « patte d’oie » entre deux couloirs de correspondance à Nation n’arrivait même plus à haranguer la foule pour vendre ses billets de loterie, tant le tumulte était grand.
Mon oncle était mort de rire (je faisais une première partie du trajet R.E.R puis souterrain avec mon oncle et ma tante) et me souhaita bon trajet en m’embrassant, me voyant ébahi face à cette situation nouvelle.
Curieux comme d’un coup, le son ambiant du métro venait de changer…
Il était devenu plus fort, la voix humaine avait pris une place omniprésente, forte, dense et la vie s’était ralentie, tout en s'excitant, figée autour de ce cul.
La vie avait repris un regain d’intérêt le long de ces couloirs de faïence – univers quotidien du dernier poinçonneur, que j’ai connu là aussi, gamin…
Incroyable comme un cul affiché avec désinvolture peut changer la vie de milliers d’êtres humains.

J’ai encore en mémoire chaque station entre Nation et Franklin Roosevelt chargée de ces affiches "olympi(a)ques".
En famille, le débat fut épars mais le sujet de discussion tourna forcément à un moment autour de cette actualité.
Ma mère, en parfaite institutrice, du haut de ses prérogatives éducatives rejeta en bloc l’artiste.
Mon père restait mitigé. Il avait lu que cet artiste avait eu de nombreuses distinctions au Conservatoire, ce qui donnait à ses yeux une crédibilité mais n’excusait pas « son geste ».
Il se garda bien de s’engager dans le débat qui avait finalement tourné à la blague foireuse avant bien entendu d’alimenter un éternel conflit avec mon grand-père qui voyait déjà en mon look une dégradation de la société, représentée justement par… Michel Polnareff…

1975…

J’ai lu avidement « Polnareflexion ».
J’ai découvert que Michel Polnareff aime Charles Trenet, qu’il a joué de la grosse caisse à l’armée et s’est cassé la gueule au défilé, qu’il s’est fait arnaquer par son manager…
Enfoncé dans mon lit, casque sur les oreilles afin de m’évader comme toujours, du cercle familial, je prépare en martèlement mental récurent de ma mère, mon B.E.P.C…
Il fait une chaleur écrasante, qui s'intensifie liée au fait que mes parents ont loué le seul chalet d’une zone pavillonnaire en banlieue grenobloise, là où l'air frais de la montagne n'existe que dans les rêves des parisiens qui croient que Grenoble c'est la montagne (c'est une formidable ville - entourée de montagnes merveilleuses), là où l'air se rassemble en cuvette oppressante et éprouvante...
C'est un chalet étouffant, tellement bien isolé que la canicule en cette année 75 nous assoiffe, nous assiège sur un petit balcon qui fait profiter d’une infime brise… si infime...
Le saule qui n’en peut plus de pleurer reste un abri relativement frais…
La chambre, ma chambre reste un refuge en mode sauna, mais un refuge…

Quelques nouveautés ont envahi ma pile de disques.
Je me souviens du premier Crimson, découvert là, bien tardivement, mais heureusement découvert et usé jusqu'au fond des sillons.
Il y a le « Houses » du Zep, « Comes Tastes the band » de pourpre en rédemption que l'on vient de m'offrir lors de la "boum" d'anniv', Lennon qui chante le rock’n’roll, Ange et son Cimetière et surtout Emile, ce petit vieux devenu au centre de certaines attentions adolescentes et la découverte classique via ma professeure de solfège, Messiaen.
Je ne vais pas tarder à fouiner à la médiathèque, c'est nouveau, c'est beau, c'est immense et c'est truffé de disques…

La FNAC Grand Place a ouvert…
Là, Michel Polnareff…

Ma grand-mère est là pour un moment, je crois bien que c’est elle qui m’a donné le pécule pour me l’acheter – elle m’adore et ce n’est pas un scandale autour d’une affiche qui va l’empêcher de m’offrir ce qui me fait le plus plaisir.

Curieux comme, même si l’on ne saisit pas un traître mot d’anglais, on peut se sentir « concerné » par un propos musical, une voix, des sonorités…
Finalement, en anglais, ou en français, je réalise là que Michel Polnareff, peu importe… du haut de mes quinze ans, ça me parle…
Avec cet album va, au gré des écoutes, se dessiner - pour mes oreilles trempées aux guitares saturées ou chargées de couleurs orchestrales symphoniques classiques – une nouvelle direction sonore, inhabituelle, mais pourtant posée sur ces bases familières.
Il y a là des cordes luxuriantes, un son orchestral lisse et uniformément stable, un piano tellement lumineux, des cuivres symphoniques, de la guitare en mode orchestral et rythmique en écriture, un environnement de chœurs sucrés …
Un autre mode d’entrée, large, ouvert, quasi symphonique, tel finalement celui de ces grands artistes français (Brel, Montand, Aznavour…) que je peinais à prendre en compte, ou tel ces artistes américains enveloppés de ces accompagnements en luxueux backgrounds dits de grand orchestre, ces crooners de légende…

Ici, ce qui va être captivant c’est l’actualisation du propos.
Pas de passéisme, juste la mise au service de ce concept pour et par un jeune artiste, empreint d’une direction musicale non nouvelle, non avant gardiste, juste actuelle et chargée de tant de culture.
Alors c’est tout un monde exprimé par cette richesse orchestrale qui va, au fil d’un album, mixé en mise en valeur linéaire du vocal, se décliner.
Des images chargées de mots légendaires apparaissent alors et font naviguer vers des contrées inconnues ou refoulées, car symboliques d’une certaine variété à l’américaine délibérément mise en avant ici et bien lointaine des préoccupations rock british en vogue alors…
Broadway, Show, Hollywood, Las Vegas…
Les Beatles ne sont pas loin, eux non plus...
Le terme ballade en place du poncif slow va également prendre à mon sens, toute sa valeur…
Ce tempo plutôt lent, étiré et légèrement rubato…
Les miraculeux : « Wandering Man » - « Rainy Day Song » - « Holding on to Smoke »… écoutés en boucles…
Cordes, hautbois, toute cette panoplie émotionnelle, solo de sax autour du thème…

Michel Polnareff semble ici non découvrir mais plutôt enfin réaliser ses rêves de mise en largeur orchestrale de ses chansons en usant de nouveaux moyens musicaux, à sa dimension.
Ces moyens apparaissent colossaux pour l’époque, le casting est impressionnant et l’on retrouve au gré des plages tout un univers de noms qui fait comprendre que pour ce premier album de renaissance tout a été fait pour mettre un maximum d’atouts en place afin de présager d’une dimension internationale.
Lee Skar, Willie Weeks, Nigel Olsson, Jim Keltner, Lee Ritenour, Steve Cropper, Donnie Dacus, Russ Kunkel, Michael Omartian, Lewis Furey, David Hentschel…
Pourtant et c’est là l’intérêt, Michel Polnareff reste égal à lui-même, reconnaissable, tant au niveau de l’écriture de ses chansons, qu’au niveau de ses performances pianistiques, guitaristiques d’accompagnement et bien sûr en tant que chanteur/performer/vocaliste unique et exceptionnel.
Le maître de l'ouvrage ne se laisse pas "dépasser" par la mesure du projet - il l'optimise et donne le meilleur de lui même.

Ici, sa voix virevolte, se joue des tessitures, vocalise vers des sphères proches de l’inaccessible, exprime avec le fil mélodique, se rapprochant de la musique, plus que du texte (certainement le rapport anglais du propos)…
Ses chansons bénéficient simplement d’un écrin chromé à neuf, que l’on avait pressenti dans des albums antérieurs et qui ici est complètement exprimé et assumé.
Un sacré pari artistique…

Un album curieusement assez peu plébiscité et pourtant, c’est bien à partir de celui-ci qu’un nouveau Michel Polnareff va faire rêver à travers des lettres à France et tant d’autres joyaux inscrits sur nombre de lèvres.

Quoiqu’il en soit, quel bonheur que de se laisser brodwayiser avec « Fame à la mode » (Fame A La Mode - Michel Polnareff | www.deezer.com), CS&Niser ou CaptainFantasticiser sur « No, no, no, no, not now » (No No No No Not Now - Michel Polnareff | www.deezer.com), de se croire pleurer des larmes de verre en piano mouillé avec « Wandering man » (Wandering Man - Michel Polnareff | www.deezer.com), de vocaliser en émois en modulations tonales et orchestrales avec cette « So long Beauty » (So Long Beauty - Michel Polnareff | www.deezer.com) …

Il faudra alors tourner la galette noire au centre labélisé Atlantic pour repenser à Michel façon Elton poppy post Beatles, (ce piano insistant) avec « Come on Lady Blue » (Come On Lady Blue - Michel Polnareff | www.deezer.com) et ses guitares sautillantes, sortir ce sentiment appelé nostalgie ou mélancolie tellement présent dans le chant de « Rainy Day Song » au hautbois sinueux (Rainy Day Song - Michel Polnareff | www.deezer.com), se laisser embarquer vers les contrées de James Taylor pour un folky « Jesus for Tonite », paroles de George Clinton (Jesus For Tonite - Michel Polnareff | www.deezer.com), laisser les volutes de la ballade « Holding on to Smoke » ( Holding On To Smoke - Michel Polnareff | www.deezer.com) vous envelopper de leurs cordes intenses, de sa vocalise cuivrée et partir heureux en popisant sur le encore une fois beatlesien « Since I Saw You » (Since I Saw You - Michel Polnareff | www.deezer.com).

Merveilleux, tout simplement.






mardi 7 mai 2013

JIM WHITE « Drill a Hole in that Substrate and tell me what you see »


JIM WHITE « Drill a Hole in that Substrate and tell me what you see » 
2004 – LaukaBop/V2music – prod  Jim White and others.
Exclusive Producers : David Byrne and Yale Evelev.

Jim White (vocals, guitar, melodica and little piano).
Chris Bruce (guitar).
David Palmer (keyboards, synth and samples).
David Piltch (electric and stand-up bass).
Jay Bellerose (drums and bongos).
Ralph Carney (sax, trumpet, disorderly grunts and flute).
Niki Haris (background vocals)
Donna Delory (background vocals).
Avec :
Aimee Mann vocals on « Static on the Radio ».
Paul Fonfara : sax, clarinet and viola on « Static on the Radio ».
Dorothy Robinett : bass clarinet on « Static on the Radio ».
Chris Heinrich : pedal steel on « Static on the Radio ».
M.Ward : guitar on « Bluebird ».
Marc Anthony Thompson and Linda Delgado : additional backing vocals on « Combing my hair in a Brand New Style ».
Joe Henry : guitar on « Combing my hair in a Brand New Style ».
Eric Heywood : pedal steel on «  That girl from Brownsville Texas ».
Peter Gardiner : guitar on « Buzzards of love ».
Ryan Freeland : clavinet on « Buzzards of love ».

2004…

J’ai pour habitude d’utiliser les « Monster CD » de Rock’n’Folk pour étayer mes cours.
Ces « compils » emplies de nouveautés fraichement « cd sorties » me sont utiles à bien des égards.
Elles permettent une forme d’actualité qui, même orientée (oui, Rock’n’Folk oriente même s’il reste empreint utilement / futilement d’actualité), reste pluraliste et elles donnent un aperçu du paysage musical en cours.
Elles m’aident donc à la découverte assortie du débat avec les ados et, qui plus est, cette profusion de titres est une bénédiction pour le « ear training », l’écoute détaillée (sons/prod/usages musicaux et termes communs, etc…).
Formidable outil pédagogique et informatif…

J’ai commencé dès le N° 3 à procéder avec ces supports.
Nous sommes en Septembre.
Je songe que, pour démarrer l’année avec de nouvelles têtes (et réactiver l’esprit des anciennes), une petite plongée dans les sorties discographiques de l’été sera des plus bénéfiques.
Certains sont allés au concert, auront écouté quelques albums présentés ici – c’est idéal.
Je prends le Monster CD de Juillet, le N°7, qui dormait sur le bord du bureau, et je le glisse dans le packet des écoutes obligato de rentrée …

La logique veut que, avant de présenter un zapping des titres, s’en imprégner est préférable afin d’engager les réflexions, de fixer une orientation pour les cours.
Pour cette rentrée j’avais décidé d’orienter l’écoute sur des titres précis, délibérément piochés au fil de ce chemin compilé diversifié, pour imaginer un travail sur la forme.
C’était ma visée pédagogique en perspective afin d’engager ce premier trimestre.


Au fil de ce support chargé d’actualité, je me mis en devoir d’orienter mon écoute en ce sens.
J’avais juste en tête de trouver, pour la présenter, une écoute permettant de décliner la forme du titre pour familiariser les élèves avec les codages, par lettres, par chiffres romains parfois utiles et usuels en musique classique et instrumentale, mais aussi avec les désormais récurrents « verse », « chorus », « bridge », « solo », « break »,  ainsi qu’initier à pouvoir décliner les formes type AABA encore ancrées dans le schéma structurel de nombreux artistes, etc…
Armé de tout ce vocabulaire, l’auditoire n’avait plus qu’à, après cours et écoute préliminaire, trouver les bons codages et se lancer pour structurer le trajet pris par le titre.

Je travaille toujours à faire comprendre que la mémoire du trajet musical à accomplir quand on joue un titre est un recul qui permet, avec sa vision globale « de dessus », une parfaite appropriation d’un sujet et forcément une qualité d’interprétation, qu’elle soit textuelle ou instrumentale.

Me voici donc, pour un trajet plus terre à terre, en voiture avec, dès insertion dudit CD, un axe en écoute « professorale » et là, au milieu de PJ Harvey, Jimi, Motorhead, Nouvelle Vague - en bord de mer aux reflets argentés, comme toujours coincé dans le ruban touristique de Septembre (le pire, celui des oisifs, des lents, de ceux qui confondent route et plage…) - surgit un titre, une voix, une atmosphère, ce truc qui accroche et qui fait qu’on remet, mais cette fois, plus du tout pour le côté exercice pédagogique, juste et seulement pour le plaisir, tant… c’est bon.

Je note le n° de titre de la compil.
Il va falloir m’arrêter plus loin, au premier parking de bord de route envisageable car il me faut savoir qui c’est (pensée devenue en un instant fébrilement urgente) et… c’est à l’intérieur de la fine pochette que ça se passe.

... Ça y est …

« Comment ai-je pu passer tout un été à côté d’un truc pareil ?... »
Je me pose, la petite Opel Agila se gare, je fouille, j’ouvre le livret (comme par hasard il est rebelle et peine à se décoller du boitier cristal) et après relecture afin d’avoir cette certitude d’être sur le bon artiste je lis : Jim White…
Ce titre parle de Jésus, il conduirait… un camping-car.
Décidément cet axe routier me poursuit…

Une électronique vintage, une voix traitée, une choriste bluesy comme sortie d’un vieux phono et un fender vraiment roots ont fait leur travail pour m’accrocher instantanément.

L’album est à trouver impérativement…

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« Drill a Hole in that Substrate and tell me what you see »...

Cet album est un voyage.

Cet album synthétise en dix/onze (titre caché) tranches d’espace américain - qu’il soit musical, spirituel, quotidien, poétique voir social – un ensemble musical parfaitement agencé et arrangé, de la façon la plus simple et évidente, qui mélange folk, country, jazz, électro, groove, rythm’n’blues, blues, Nouvelle Orléans, Dylan via Lanois et tant d’autres influences évidentes ou sous-jacentes, complètement réappropriées, réinjectées, mélangées, mixées, adaptées, superposées et sublimées, ce, en toute spontanéité « apparente ».

Cet album respire.
Cet album est intelligent.
Cet album est enraciné au fond de la culture et de « l’éducation » américaine.
Cet album me fait relire Kerouac.

Cet album me fait revenir à Jim Morisson, me fait rouvrir Serge Gainsbourg, me replonge chez Tom Waits, me remémore JJ Cale, m’incite à retrouver Rickie Lee Jones, m’injecte une dose de Daniel Lanois, me rappelle les Elysean Fields, me spleene Marianne Faithfull, m’impose Mark Murphy, me laisse des traces de gospel …

Cet album parle de Dieu et le met en interrogations quotidiennes avec son bagage d’images et d’anges, son fils, les espoirs déçus et il replace la vie prophétique mythique au quotidien.
Il parle aussi, bien entendu, de l’enfer, des drogues, de l’alcool, de la misère, des pleurs.

La pluie est bien souvent là, elle teinte le paysage – elle n’est pas orageuse, juste bienfaisante ou mélancolique…
Elle est là.
L’eau aussi, source de vie… larme également.
La route est un sujet permanent, et au gré de celle-ci on ira dans des motels miteux, on montera avec Jésus en camping-car, on suivra des objets en mouvements, chargés de souvenirs, le long d’un cours d’eau…
L’eau…
La pluie…
Des mots accrochent au fil du temps qui s’égrène : souvenirs, rain, monkey see/monkey do, junky, deep blue sea, angels, God, Jesus, heaven, pain, radio, Alabama, brother, river, buzzards, drunk, saint, love, wonder, heaven, redemption, Lord (good), whisper, promises, sweetheart, regret, stéréo…
Il y a toujours de l’espace, de l’horizon, de l’espoir et de la croyance, même dans les moments les plus durs, infâmes, injustes, miséreux.

Cet album est bénéfique.
Il enveloppe d’une aura bienfaisante au fil de son écoute.
Il n’est pourtant pas « easy », il est juste parfaitement actuel, réaliste, chargé d’émotions et de vie.
Cette vie dont on est heureux qu’elle puisse juste s’exprimer pleinement en ce début de nouveau millénaire, par un album humain, simplement humain…

Il est « spirituel ».

Cet album est le reflet d’un homme qui sait également s’entourer, pour sa musique, de compagnons permanents ou invités, particulièrement investis et pertinents quant à l’artistique qu’il présente ici.

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« STATIC ON THE RADIO »…


Guitares éthérées, ligne de basse mémorable, piano électrique délicat, légère cocotte guitaristique sur fond de pedal steel et profond et subtil beat de batterie s’installent en toute logique jusqu’à ce dialogue serein avec Aimée Mann.
Chaque touche instrumentale est pointée du doigt, le son est légèrement sali par des samples drummés quasi imperceptibles, donnant cette minuscule sensation passéiste, d’entre deux ères. L’horizon s’est ouvert, un string ensemble lisse le paysage puis les vents s’invitent en arrangements subtils pour conclure cette pseudo-rhumba country.
Le dépouillement apparent est de mise.
Plus qu’une mise en bouche…
Une invitation au voyage…

« BLUEBIRD ».


Instant de magie par excellence, Lanois/Eno ne renieraient pas cette production.
« Bluebird I love you more than the rain ».
Jim chante dans le creux de l’oreille, il est là au téléphone, tellement proche, on pourrait « toucher » sa voix.
Il susurre.
Les guitares arpègent un petit bijou de background, la batterie lisse en toms et cymbales feutrées le rythme souple, aérien, porté par cette mélodie en leitmotiv, trillée, lointaine, telle un lever de soleil, une aura bienfaisante après une nuit chargée de doutes, de misère, de lourd passé, de fantômes.
Ce titre est beau, l’espace qu’il dégage me ferait le réécouter sans cesse.
Simple, pur, léger, dense.
Beau.

« COMBING MY HAIR IN A BRAND NEW STYLE ».


Un groove ternaire massif, des voix traitées, un Miles « de référence » jazzy, une choriste soul qui rejoint le talk de Jim, un drumming formidable d’assise en caisse frottée …
Ces guitares qui surgissent en tous sens …
Ces synthés inexplicables nappés, qui serpentent en tous sens, en toutes directions…
Cette lourde et sourde ligne de basse, souple et profonde…
Ce Fender qui funkyse…
Ce mélodica qui vient perturber ces bruits samplés, ces amplis chauffés…
Que c’est bon !


« THAT GIRL FROM BROWNSVILLE TEXAS ».


Valse country délicate pour un sujet en doutes et pensées empreintes de religion autour de cette fille dont aurait rêvé notre Eddy national, tellement inspiré par l’imagerie iconoclaste de la culture américaine. 

Gospel/motel…
Le vent, ce blizzard…
Le Texas, la radio…
Jésus, la Bible…
The Lord…

Ces mots si familiers à nos oreilles, évoquant tant et tant de musiques aimées et cette imagerie cinématographique et musicale américaine devenue machinale dès qu’ils apparaissent.
La guitare, cette pedal steel qui renforce cette sensation, ces images…

Comme un court métrage de rêves – mélodie intemporelle – flash de lumière au leitmotiv si léger, si cristallin…

« BORROWED WINGS ».

Borrowed Wings - Jim White | www.deezer.com

Autre équipe – Jim joue ici également du trombone, en touches étranges et glauques, et pose un banjo incroyable de feeling…
Le sujet est dur – la voix s’est faite grave.
Susie Ungerleider propose un chœur particulièrement original en rapport à la linéarité de Jim.
L’after beat est dense, le drumming pervers, les reverse sounds en malaise poussent le sujet dans ses retranchements.
Et toujours ce mélodica…

« I JESUS DRIVE A MOTOR HOME ».

If Jesus Drove a Motor Home - Jim White | www.deezer.com

« Motor home, motor home motor hoooo ome »…
Synthés perçants, flûte seventies entêtante, rhodes groovy, basse sourde, drumming funky, cette voix trafiquée…
Un solo de trompette si jazzy, si rentre dedans qui va aux confins/limites de « l’out »…
Je sais pourquoi ce titre m’a fait d’emblée entrer sans hésiter dans l’univers de cet artiste.
Accroche définitive.
Alors, si Jésus conduisait un camping-car, appuierait-il sur le champignon ou aurait il la conduite cool, en mettant la stéréo à fond jouant une cassette de Bob Dylan ?
Alors, s’il arrivait dans ta ville… lui parlerais tu ?
Si chacun conduisait un camping-car, plus de pays, « no countries to die for »…
« Imagine all the people…
Livin’ life in peace… »
Et Bouddha sur une bécane…
Mahomet dans un train…

« OBJECTS IN MOTION ».

Objects In Motion - Jim White | www.deezer.com

La musique électroacoustique s’invite, le sud profond laisse ses traces de chaleur intense.
Au gré de l’eau, des lettres d’amour anonymes filent et laissent leur flot d’interrogation, de pensées, de poésie.

Bill Frisell, magicien des sons guitaristiques est invité à laisser ses doigts égrener ses arpèges éthérés.
Un bien curieux mélange de sax, clarinette, mélodica et violon alto vient prendre place sur une fin en pointillé…
Rêve…
Pensées…
Amour…

« BUZZARDS OF LOVE ».


Beat acid jazz, écriture intense et dense, section de vents absolument efficace et rapport free (sax final) font de ce titre un véritable moment de lave en fusion.
Le jeu de balais libre autour du beat fait crier, hurler, gueuler, gémir, le sax… définitivement humain.
Les cordes virtuelles s’intensifient…
Qui va s’en sortir ?
Ces cuivres rythm’n’blues de dernière seconde ?
Cet arpège de guitare lointain qui se rapproche ? 
Ce cluster cordé ?

« ALABAMA CHROME ».


Sudiste…
Harmonica, Accordéon, chœurs enracinés et cette voix laidback, qui nasille…
Le petit plan guitare, les subtils chœurs traités, ce « son à la » A.Lindsay…
Sing a little « Sweet home Alabama »…
Mais pas vraiment comme chez Lynyrd…
Ohh - Que non…

« PHONE BOOTH IN HEAVEN ».

Phone Booth In Heaven - Jim White | www.deezer.com

Il faut conclure et s’envoler.
Enfance, rapport Majeur/mineur direct, semant le trouble, samples divers, retour de l’accordéon qui avec le mélodica a tissé en filigrane sa toile le long de l’album…
Les guitares, mandolines, pedal steel inondent le spectre.
Mary Gauthier, cette merveilleuse chanteuse « country sound » est là, sa voix vient compléter celle de Jim…
Tout le monde part le long du chemin, les portes grincent, on a quitté la cabane de bois…
Elle a gardé un son lointain qui nous emporte vers un dernier titre, au gré d’une radio oubliée, d’une voix lointaine cachée au fond d’un petit poste et de son haut-parleur minuscule…
La mélodie reprend alors ses droits et va conclure cette fois, de façon définitive l’album, avec ce titre « caché » (« LAND CALLED HOME »), country, aux sonorités roots.

Land Called Home - Jim White | www.deezer.com

Un album qui aura fait voyager à travers l’Amérique profonde, le sud intense, la chaleur et la pluie, au gré du temps et des infos, de la radio, des véhicules, des haltes diverses, des gens, des villes et des contrées.

Un album chargé de guitares, de banjos, de pedal steel guitars…
Un album truffé d’électronique évocatrice…
Un album aux arrangements mêlant anches, cordes et cuivres en un amalgame sonore original…
Un album porté par un rythme profond, permanent, intense…

Une voix toujours proche de nous s’est installée au fil du temps, elle est restée douce et musicale, elle n’a jamais pris le pouvoir préférant faire partie intégrante du son.
Elle a égrené ses textes poétiques, ses mélodies évidentes et belles.
Elle s’est parfois associée avec les effets électroniques inhérents à la panoplie sonore commune en ce début de millénaire.
Elle a souvent joué avec des compagnes choristes, leur laissant une part de spiritualité, de soul…
Elle a aussi parlé, en place de chanter, pourtant même ce talking mode est resté infiniment mélodique.
Elle a raconté tant de choses profondes, spirituelles et importantes…
Elle a pris le quotidien et l’a fait poétiquement, juste… musique.

Jim White…







mercredi 1 mai 2013

01 MAI 2013 / JOSEPH HAYDN – Symphonie N° 45 « Les Adieux » - 1772

Joseph Haydn est le compositeur qui m’a fait entrer dans l’analyse musicale et qui m’a permis par ce biais de tenter de saisir la pensée d’un compositeur, sa démarche, son processus créatif…

C’était en classe de seconde.
Mr Tissot, professeur captivant quand il s’embarquait dans l’histoire de la musique, la vie des compositeurs et l’analyse musicale, avait mis à son programme la Symphonie Militaire de Haydn.
Son but était de nous initier par cette œuvre à la forme dite classique, ou plus exactement nous faire comprendre à travers celle ci la forme dite sonate, base compositionnelle de tout un pan de la musique classique, romantique et parfois du XXe siècle.

Son choix porté sur Haydn n’était pas anodin car ce compositeur a quelque part permis de cadrer l'usage de cette forme en la stabilisant, en la schématisant, en la simplifiant, en puisant dans son évolution et en l'incluant formellement dans ses ouvrages symphoniques.
Cette longue évolution s'est faite depuis l’organisation des suites, telles celles de Jean Sébastien Bach, ces suites qui au fil du temps et de l'abandon de certains mouvements, sont devenues progressivement, entre autre formes générales, symphonies.



Quatre mouvements restent alors :
1/ rapide de forme dite sonate avec parfois une introduction lente
2/ lent
3 /menuet et donc trois temps obligés
4/ souvent rapide ou vif.

Si l’on veut bien réfléchir, ce schéma général est figé pour de nombreuses œuvres du répertoire classique.
Le fixer comme base d’un cours d’analyse semblait logique, impératif, normal.
Le tout était de trouver l’œuvre qui pourrait servir à étayer, de façon « scolaire », le propos – et surtout de s’attacher à un compositeur.
C’eut pu être Mozart, mais je pense que par souci de faire découvrir, par habitude pédagogique d’ouverture (nous étions en 1975), Haydn paraissait idéal pour Mr Tissot.

Le score en main, nous avions passé des heures d’écoute, de notifications, de discussions, de relevés, de dissection afin de saisir l’essence de l’inspiration du compositeur, le savoir-faire de celui-ci pour faire coïncider mise en forme et inspiration, la subtilité de l’écriture orchestrale et bien entendu la science du développement.
J’avais acheté la version d’Eugene Jochum et son caractère rigoureux m’avait permis une lecture approfondie du sujet.
Nous avions également, comme à chaque fois qu’un compositeur était abordé, fait des rapprochements historiques, sociologiques, culturels, artistiques et stylistiques.
Haydn, dernier maillon avant Beethoven, apogée du classicisme et préfigurant le romantisme, voilà qui n’avait pas manqué de me captiver.

Puis Mr Tissot évoqua parmi ses multiples œuvres symphoniques une d’entre elles revêtant un caractère historique particulier.
Il s’agissait de sa Symphonie dite N°45 dite « Les Adieux ».
Il nous raconta avec passion que cette œuvre avait un caractère quasi syndical, revendicatif, protestataire.
Il nous expliqua que Haydn avait composé celle-ci avec un final plutôt exceptionnel, en pantomime, où chaque musicien de l’orchestre se levait, éteignait sa bougie de pupitre jusqu’à la disparition totale de tout exécutant.
Cet acte voulait signifier la contestation du compositeur quant à une réduction budgétaire de son effectif orchestral (chômage pour certains et réduction de salaire pour d’autres) et voulait prouver par-là, que composer des symphonies sans un effectif adéquat était impossible.
La musique ne s’imaginant pas sans exécutants…
Captivant…



1772, la révolution n’a pas encore envahi l’esprit populaire en Europe et un artiste s’oppose à une volonté princière par un acte musical empreint de sous-entendu.
La réalité est la suivante, en 1772, les musiciens de Haydn étaient à Esterhaza.
Le Prince Esterhazy venait de décider de prolonger son séjour d’été.
Cette décision obligeait les musiciens à rester plus longtemps encore loin de leurs familles car, lors de ces séjours ils n’avaient pas le droit de partir avec elles.
Qui plus est, il avait menacé de congédier certains d’entre eux et de diminuer le salaire des autres.
C’est donc une assemblée de maris amoureux et en manque d’épouses, mais également inquiets quant à leur avenir statutaire, qui alla trouver son chef, Josef Haydn, afin de lui demander conseil et d’envisager une solution à cette situation.
Haydn imagina alors de composer cette Symphonie, dite « Les Adieux » dans laquelle chaque instrument, l’un après l’autre se tait…
Quand elle fut jouée pour la première fois, chaque musicien reçut l’ordre de souffler sa bougie et de partir avec son instrument sous le bras, une fois sa partie exécutée.
Fait important, le Prince et sa cour entendirent le message de cette pantomime et le lendemain il ordonnait de quitter Esterhaza à la grande surprise et satisfaction des revendicateurs.
Derrière cet acte symbolique on peut admirer l’idée subtile de la mise en forme d’un propos revendicatif - un sous-entendu direct, par l’art et, dans ce cas précis, on ne se peut plus subtil.
En 1772, le contexte socio-éducatif, socio-culturel et social ne permettait pas la manifestation, la contestation.
Tout au plus la discussion pouvait se faire, mais entre hommes d’esprit…

Ici, Haydn agit en homme d’esprit, il défend à la fois son art, sa musique, mais aussi les interprètes de celle-ci.
Au-delà il impose également l’idée que les contraintes budgétaires ne peuvent intervenir dans le développement créatif.
Un orchestre a besoin d’un effectif incompressible, il en fait état.
Un orchestre a besoin d’exécutants en bonne condition physique et mentale, il le souligne.
Un orchestre est le reflet, l’image d’un pouvoir, il le rappelle.
Enfin, pour qu’il y ait musique orchestrale il faut un compositeur et celui-ci, pour créer doit avoir l’esprit dédié à la création, libre de toute contrainte d’ordre matériel.
Il acte cette notion.

Alors, au-delà de la musique elle-même, cette symphonie protestataire est un véritable acte politico artistique, plutôt unique dans l’histoire et qui sera suivi d’effets…
Mozart fera de même avec ses « Noces de figaro », issue d’un Mariage pourtant banni en Europe.
Là aussi, il agira avec subtilité, n’oubliant jamais de provoquer l’intelligence du pouvoir face à ses incohérences en le faisant réfléchir.

Il m’apparaissait comme évident un jour de premier mai, fête du travail, journée envahie syndicalement, où les rues sont chargées de manifestations diversement légitimes, car chacun a démocratiquement son droit à la revendication, que de souligner que les artistes, sont aussi des salariés, que leur statut français est malheureusement encore et toujours assimilé à celui de chômeur, que leur quotidien, sous couvert de cet aspect de métier empreint de passion et de plaisir est équivalent à celui des autres travailleurs.
Fins de mois difficiles, salaires à la baisse, contrats de plus en plus rares et bradés, culture en dernière roue de la charrette budgétaire, statut social imbriqué dans l’ASSEDIC qui freine l’accès au crédit, à une vie sociale « normative » avec le tas de etc…
Tous les artistes ne sont pas des Johnny ou des respectables Eddy.
Par contre, quand vous les voyez dans la rue, le soir, aux terrasses des cafés vacanciers et qu’ils vous font vibrer, rêver, passer du bon temps, n’oubliez jamais que pour être là et toucher une somme tellement modique que s’ils vous l’annonçaient vous sortiriez automatiquement le salvateur pourboire, n’oubliez pas qu’ils ont ramé, négocié, bossé, répété pour cette place tant enviée.



La musique fait rêver…
Les passionnés qui la jouent connaissent ses coulisses au quotidien difficile, mais, quand ils empoignent leur instrument, vous le savez… ils restent des passionnés et cette passion fait rêver.

Alors, en ce premier mai, n’oubliez pas que c’est avant tout aussi un métier que musicien et songez qu’il y a bien longtemps, un compositeur renommé a osé, avec les subtilités de l’art, prendre la parole revendicative pour la défense de cet art et la survie de ses acteurs.

Il s’appelait Josef Haydn et, l’adolescent rebelle et rockeur que j’étais, étudiant encore la musique classique n’avait pas manqué d’être captivé par cette histoire plutôt inhabituelle, plutôt marquante et en tout cas digne du plus grand respect.

Merci Mr Tissot,
Merci Mr Haydn.

(article mis à jour suite à de récents débats avec ma collègue Camille Vincent concernant l'évolution de la forme dite sonate pour laquelle j'avais glissé une erreur/ambiguïté historique rectifiée ici afin d'éviter confusion entre la forme usuelle du premier mouvement et la forme globale de la symphonie qui inclut dans son premier mouvement une forme dite sonate)

vendredi 26 avril 2013

BILL CONNORS – « Step it » - 1984.


Guitars : Bill Connors 
Second Guitar : Steve Khan on « Twinkle »).
Bass : Tom Kennedy
Drums : Dave Weckl
Prod : Steve Khan and Doug Epstein.

Quand on amorce un virage en épingle, à très grande vitesse, il faut de la maîtrise  du contrôle, de l’expérience, une dose de folie, de force et de hargne, un sens du calcul et une confiance instinctive en ses capacités et réflexes…
Il faut du courage, de l’audace…
Il faut choisir le bon véhicule et s’assurer de sa fiabilité…
Une bonne assise, une tenue de route impeccable avec, entre autre, des pneumatiques adéquats, une visibilité parfaite, sont impératives.
Il aura fallu également s’entraîner, se « chauffer », faire des essais et tant qu’à faire avoir préalablement repéré le terrain.
Alors le choix du véhicule va s’avérer important en fonction de nos capacités.
Le facteur humain va jouer, mais l’intransigeance mécanique et technique, voir technologique ne sont pas à négliger assorties de simplicité, d'évidence.
Une bonne voiture de tourisme peut faire l’affaire, si on la connait bien et qu’elle accompagne votre quotidien, c’est bien de la solliciter un peu…
On évitera la petite citadine, ou alors, c’est qu’on a jugé en trop grande confiance, qu’on s’est laissé surprendre et qu’il va falloir redresser inopinément à force réflexe  et là on n’est pas sûr de s’en sortir.
En ce cas, ce virage est apparu de façon inattendue et c’est l’expérience du conducteur qui fera la décisive différence.
Et puis, on peut être un peu fou et se tenter le coup avec un bon bolide, pour peu d’en avoir eu progressivement la maîtrise.
Quoiqu’il en soit, c’est enivrant, délibérément risqué mais tellement « fun », jouissif que de foncer ainsi vers le risque calculé que l’affaire est tentante.

En 1984, le gentil Bill Connors, guitariste estampillé bluette délicate du premier Return to Forever prend un virage audacieux, à fond la caisse et fait hurler de bonheur orgasmique les pneumatiques eighties sur un bitume surchauffé au caoutchouc, en laissant des traces indélébiles.

En 1978 il avait laissé la bride à des comparses libres et amicaux dans un album ECM à la sonorité identifiée par Jan Garbarek, soutenu par un drumming inventif et libre en la personne du grand Jack DeJohnette opérant en symbiose avec son ami de toujours Gary Peacock.
Cet album, « Of Mist and Melting », dans lequel il faisait montre d’une extrême sensibilité à la guitare acoustique « classique », aux cordes nylon, prouvait là que l’interaction entre plusieurs univers est possible avec l’intelligence et l’écoute de comparses choisis. 
Bill Connors : Of mist and melting - écoute gratuite et téléchargement MP3
Puis, en 1980, il avait repris les chemins du studio, seul, avec sa guitare pour présenter un « Swimming in Hole with my Body » en re-recording, sorte de réponse poétique à un autre guitar héro du label ECM, Pat Metheny.
J’étais resté avec cette magie poétique en l’esprit, avec ce son pur, délicat, aérien.
Bill Connors : Swimming with a hole in my body - écoute gratuite et téléchargement MP3
J’avais en mémoire cette « Aubade » merveilleuse posée là et cristallisée sous les termes esthète, art, essentiel.
J’avais complètement oublié le passage éclair chez Return to Forever, Al Di Meola avait irisé l’espace, il avait empli de ses trait virtuoses et de ses couleurs hispanisantes cette page électrique seventies.
Bill Connors s’en était certainement allé, je ne savais guère l’histoire entourant ce retrait…
Return To Forever : The anthology - écoute gratuite et téléchargement MP3

Au détour d’un bac de nouveautés, classé vers un jazz plus du tout rock, mais fusion, en pointillé j’avais accroché sur ce « Step it ».
Il était là, successeur suiveur  d’un précurseur Lee Ritenour, lui aussi sorti de ses sessions studio pour se présenter comme un nouveau guitar hero, transfuge du jazz mode calif, venant de signer chez Elektra quelques pépites aujourd’hui oubliées, secouées par de sèches Simmons et présentant des pièces quasi concertantes, savamment orchestrées ou des soap song pour charts sur fond de guitares saturées fm totoïdées avant l'heure (Rit – Rit 2).

Sur la pochette à l’écriture graphique urgente, tirée d’un trait rougeoyant sur photo noir et blanc, Bill Connors apparaissait tel un rocker démasqué et il était souligné que la teneur de son bolide était d’ores et déjà légendaire.
Un duo de choc, d’amis virtuoses de la plus haute volée s’était mis à son service pour lui prêter main forte…
Dave Weckl et Tom Kennedy…
A cette époque je ne connaissais ni l’un, ni l’autre.
Le premier je le validerais plus tard avec son entrée fracassante dans l’Elektric Band…

Là j’étais en pleine découverte…
La découverte fut de taille et le choc fut tellurique.

En 1984 le jazz rock a perdu de son aura, la fusion est en train d’apparaitre, l’orientation se funkyse en place de ployer vers le rock, pourtant, le style hybride ancré dans le rock qui sera l’empreinte d’un Joe Satriani – sorte d’archétype exemplaire du genre – axé prioritairement sur l’instrumental et la haute technicité a peut-être ses  antécédents au détour de tels albums.

Avec d’autres prédécesseurs…
Larry Carlton, Lee Ritenour, Steve Khan, John Scofield sont bien souvent des guitaristes à cheval entre le riff et le délié de Wes, le swing demi caisse et la Fender distordue, le chorus savamment modulé et la wah wha aux cris débridés.
Larry vient juste de sortir, entouré des requins de Toto et démultiplié par des invités prestigieux un « Friends » (1983) qui le positionne définitivement en guitariste culte (Larry Carlton - South town - YouTube - Larry Carlton - Breaking Ground - YouTube - Larry Carlton - Cruisin' - YouTube).
Lee Ritenour s’est essayé à une fusion stylistique quasi progressive avec ses Rit 1 & 2, puisant souvent dans l’harmonie classique, flirtant avec la soupe smooth, pour des projets déroutant sa pléiade de fans amoureux de ses échappées brésiliennes, des ses traits de "Captain Fingers" ( Lee Ritenour : Rit, vol. 1 (us release) - écoute gratuite et téléchargement MP3).
Steve Khan a terminé en beauté avec « The Blue Man » (Steve Khan : The blue man - écoute gratuite et téléchargement MP3) et « Arrows » l’ère seventies, lorgnant déjà vers cette nouvelle orientation. 
Quand à John Scofield, il va devenir bien plus qu’un guitariste pour guitaristes, la même année avec un « Electric Outlet » révolutionnaire et visionnaire il ouvrira un chemin qui sera validé par le merveilleux « Still Warm », un album désireux de prouver que cette musique peut être encore et toujours chaude… 

« Step it » met en avant une musique rapide, virtuose, électrique, savante et sans concession.
Il n’y a pas la moindre ballade à l’horizon, il n’y a pas l’ébauche d’un soupçon de swing.
Le son est sec, direct, précis et quasiment live, réduit pour la guitare, à son essentiel expressif : un son « clean » chorusé pour l’ensemble des rythmiques, arpèges, thèmes et un son saturé pour l’essentiel des solos résument le choix urgent du guitariste.

Le jeu est très « anglais » et l’on ne peut s’empêcher de penser à Andy Summers (qu’il soit le coloriste rythmique de Police, le duettiste associé à Robert Fripp ou l’éminent « jazzman » soliste) ou encore à Allan Holdsworth (en soliste ou avec le Tony Williams Lifetime, Soft Machine, voir Gong), même si un moment AlDi Méolesque peut surgir…

Connors/Kennedy/Weckl opèrent tel un power trio rock instrumental de haut niveau, cette formule permettant une liberté effective qui à l’époque faisait effectivement ranger le propos dans la lignée du jazz rock.
Mais le matériau reste franchement rock.
Comme si Police jouait sans chanteur, comme si le Lifetime avait resserré ses troupes…
Parfois, cette démarche me fait penser (à un tout autre degré ne nous méprenons pas) à des égarements excessifs, rock, bruitistes et free optés radicalement par Fred Frith, cet anglais expérimentateur qui était allé chercher outre atlantique Bill Laswell et Fred Maher pour un « Massacre » – cette liberté offerte par la formule du trio Guitare/Basse/Batterie, cette possibilité de lâcher à tout moment la verticalité pour l’horizontalité, ce pouvoir occasionné par cette masse sonore instrumentale…

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« Step it »…

Bill Connors - Flickering Lights - YouTube

Les thèmes sont sophistiqués, scrupuleusement écrits et agencés en jeu collectif.
Leur exposition impressionne par une rigueur d’exécution sans faille.
Les titres sont courts, expéditifs, comme le propos, immédiat.

Chaque solo de Bill Connors est un envol guitaristique qui emmène l’auditeur vers des contrées où se mélangent gammes savantes, traits hyper rapides, schémas harmoniques innovants.
Parfois la ligne devient horizontale, laissant défiler une myriade de phrases sur une ligne de basse toujours véloce, puis l’harmonie revient, en rappel auditif égrenant des accords inédits, des voicings recherchés pour des couleurs peu courantes.
Les riffs se tuilent, se succèdent, s’enchaînent où s’emboitent - des riffs trempés dans le rock (« Lydia » - « Cookies »), directs et incisifs.

Dave Weckl use de la Simmons comme l’a fait son contemporain anglais Bill Bruford.
Il a déjà toutes les cartes en main, celles qui feront de lui la future star des batteurs, balayant d’une descente de toms et de quelques octapads toute une génération de Gadd et Cobham, posant en égérie une nouvelle génération nourrie au jazz, ayant fêté le funk et jammant avec la puissance du rock.
Chick Corea l’aura perçu…
Bill Connors en a bénéficié tout au long de ce « Step It ».


« Step It » le titre éponyme de l’album le met particulièrement en valeur.
C'est un  titre au un riff tranchant, au solo de guitare éblouissant et au solo de batterie sur riff"obligato" installé. Un solo qui déborde d’imagination, de technique virtuose.
Ce titre est un parfait résumé de ce qui va bientôt nous tomber dessus avec des Vai, des Satriani… 
The Boy From Seattle - Steve Vai | www.deezer.com
Il puise dans les racines enterrées au fond de la puissance par Billy Cobham et son « Stratus » (Stratus (LP Version) - Billy Cobham | www.deezer.com), il flirte brillamment avec le « Mr Spock » du Lifetime, il rivalise d’harmonies avec « Still Warm ».

Un pont est jeté là.
Ceux qui l’emprunteront vont être nombreux.
Mais là où certains schématiseront vers un son énorme (Satriani) où s’orienteront vers la déviance du blues pour un relifting harmonique total (Scofield), Bill Connors reste subtil, délicat et quelque part, malgré cette plongée salvatrice dans le bain électrisé, "poète".

Au gré des plages qui s’écoutent d’un jet, qui défilent à vive allure, on trouvera alors, dans l’éclair du temps d’y penser :
un clin d’œil regatta (« Twinkle »), 
un hommage à Al Di Meola en l’éclair d’un solo impressionnant sous un pattern de policiers (« Flickering Lights), 
un grandiose solo de basse de Tom Kennedy, aux multiplicités techniques (« Titan »), sorte de somme/résumé du chemin parcouru en peu de décennies par l’instrument, 
une hésitation entre Allan et John (« Brody »), à l’écriture thématique complexe et au solo sur carpettes slappisantes, 
ou encore un thème d’une rare puissance (« A pedal »).

Dès « Lydia », on monte dans un bolide soigneusement préparé à aborder ce virage radical vers un futur de la musique rock instrumentale.


On va vite, très vite.
Il faut anticiper… 

Nous n’aurons pas le temps de souffler un instant, le virage a été négocié en parfaite connaissance – le bolide a une tenue de route hors du commun et ne laisse pas le hasard s’immiscer, la liberté est en contrôle total, l’esprit est d’une grande acuité, aux aguets, chaque réflexe est extrapolé.

Steve Khan se fait le producteur de ce témoignage visionnaire, de ce projet ciselé et implacable pour lequel il n’aura pu s’empêcher de jammer au détour d’un titre, apportant juste une touche de jeu différente de celui du leader.

Dave Weck et Tom Kennedy sont inépuisables d’inventivité et d’aisance et il faut donc être effectivement un sacré leader pour être capable de leur « damer le pion ».
Bill Connors en est un du plus haut niveau, il puise là, en eux, une énergie atomique, puissante gorgée de speed et de réflexes imaginatifs pour s’en émanciper en imagination totale.

« Step it »…

La B.O d’un Grand Turrismo avant l’heure ?
Montez – embrayez…
Gardez l'œil sur le ruban blanc des gammes modales, mais attention au premier virage en épingle rock…
Surtout ressortir en accélérant à fond…
Comme eux.

mardi 16 avril 2013

RTF - 1977 - Mimétisme à l’anglaise / Bouchon lyonnais…


BRAND X – « Moroccan Roll » - 1977.

John Goodsall / guitars, bass, sitar, echo.
Percy Jones / bass, autoharp, harp, marimba.
Robin Lumley / keyboards, piano, synthetizer, Fender Rhodes, Claviner, Moog synthesizer, vocals.
Phil Collins / drums, vocals, piano.
Morris Pert / percussion.

En pleine gloire du style désormais estampillé « jazz-rock » un groupe anglais ose la réplique à l’album « Romantic Warrior » (que l’on pourrait symboliser comme une sorte de « jazz-prog »), galette incontournable et essentielle de nos américains Return to Forever, influents, charismatiques, virtuoses inventifs, créatifs et électriques/éclectiques.

Brand X, qui bénéficie dès son premier album « Unhortox Behaviour » d’une aura médiatique due à l’entré en son sein de la star montante Phil Collins, va donc partir d’un postulat visant à fusionner le jazz électrique et quelque part une certaine pop, mêlée de rock progressif à la sauce british.

Si Return to Forever avec son guerrier romantique lorgnait, fort de son appartenance à ce mouvement « jazz-rock » vers les envolées épiques, mythiques caractéristiques du rock prog, en souhaitant installer cette dimension imaginaire dans ses racines jazz et afro-américaines, Brand X semble faire, pour un résultat quasi similaire, l’inverse.

Les uns cherchent l’imaginaire, les autres le mimétisme virtuose et bien que ce constat ne puisse s’arrêter là, fort heureusement, le calque Goodsall/Di Meola – Lumley/Corea – Collins/White est, sur le plan du jeu instrumental, bien réel.
Percy Jones, de son côté lorgnerait presque plus vers Jaco Pastorius, mais je prends ici un peu de place pour en parler.
En effet j’ai toujours été surpris de voir l’engouement des musiciens envers ce bassiste, qu’ils soient des bassistes fans mais aussi des producteurs (Eno) – artistes (J Martyn) célèbres, faisant appel à lui pour poser sa fretless sur certains titres.
Ce bassiste lorgnant véritablement vers une approche mélodique de l’instrument m’est progressivement apparu comme approximatif (si je dis progressivement c’est parce que en 1977, même si un certain malaise face à l’écoute textuelle du groupe – entendons toujours cet éternel axe de l’oreille qui met un nom sur chaque note – m’apparaissait, je n’avais absolument pas le recul ni même la culture nécessaires pour appréhender ces données…).
Capable d’être absolument excellent, mais également réellement limite dans son propos (en particulier si l’on se penche sur la justesse, qu’elle soit harmonique – il lui arrive souvent après un trait de laisser tomber les doigts n’importe où…, ou mélodique pour bien des phrases jouée de façon "hasardeuse"), Percy Jones est l’un de ces rares musiciens qui me mettent en écoute paradoxale.
Grappes de notes informes au côté d’un groove rythmique souvent porteur, son chorusé sur prises de démonstrations virtuoses désorientant l’écoute du groupe alors que sa sonorité est l’une de ses composantes essentielles, usage quasi exclusif de la fretless pour un son qui, le concernant, associé à un jeu pseudo mélodique, a mal vieilli alors qu’il auréole parfois de spectre de véritables perles imaginatives…
Trop libre, sorte d’électron avide de notes et fourmillant d’idées, expérimentant en tous sens…
Encore aujourd’hui l’écoute de ses idées me laisse perplexe – un bien curieux sentiment face à un artiste si respecté…

J’ai donc choisi ce « Moroccan Roll » (More Rock and Roll), second album du groupe car même si j’avais écouté son prédécesseur dès sa sortie chez un ami, c’est celui-ci que je me suis procuré à sa sortie.
Je l’ai vraiment beaucoup écouté et apprécié.
Le fan de Genesis que j’étais alors, adolescent de dix-sept ans, s’intéressait forcément à la sphère issue du groupe.

Peter Gabriel venait de commencer sa carrière solo en force, Steve Hackett et ses échappées nébuleuses nous avait envoutés et Phil Collins semblait ici prendre des vacances sur un calendrier génésisien chargé.
Au fil de certaines interviews « Best » (Picartisées…) de ses comparses Mike et Tony, un flou évident était bien perceptible.
D’un mois à l’autre ils arrivaient à dire que Phil serait remplacé sur scène comme chanteur (préférant jouer la batterie), pour finalement le mois suivant décider d’avoir un « assistant batteur » (et pas des moindres en Bill Bruford) et préférer le laisser tout chanter…
Mike et Tony allaient jusqu’à affirmer, avec élégance et flegme, qu’ils s’étaient tapés tout le boulot de la refonte de Genesis, pendant que Phil, peu créatif et donc surtout batteur, s’amusait avec ses potes pour jouer dans un « groupe de jam ».
Lors d’une interview de l’encore omniprésent Hervé Picart, celui-ci avait même poussé la boulette jusqu’à dire à Phil Collins qu’il pensait que Brand X était un groupe de « pub rock » à la surprise de celui-ci…
Le fan suivait donc ce roman digne de « Gala » dont les chapitres aux rebondissements multiples étaient étalés sous la plume de ce journaliste bestois devenu envahissant.

Brand X était à la fois bénéficiaire de ces spéculations auréolant Genesis dont Phil Collins était maintenant le chanteur leader reconnu, en plus du batteur charismatique et incontournable de ces seventies mais, en même temps, le groupe peinait (et cela s’accentua par la suite) à faire oublier Phil Collins pour présenter simplement sa propre musique.

Avec ce second album, pourtant, on frise le résultat identitaire escompté, ce, malgré les références d’influences évidentes.
« Moroccan Roll » est plus qu’un album parmi tant d’autres dans le paysage du jazz dit rock, c’est bel et bien une direction créative estampillée british qui est, à l’évidence, perceptible ici.
Quant aux influences…
Il faut penser que, bien souvent, une influence se fait avec du recul, du travail et quelque part une recherche d’ordre culturel, éducatif autour d’un artiste que l’on admire.
Ici l’influence est en fait, quasi contemporaine, parallèle, aussi, « l’essentiel » (l’îlot de surface de l’iceberg – peut être le « superficiel », sans péjoration) est capté et restitué.
Cet « essentiel » sert juste au concept, à la volonté du groupe d’aller plus avant en expérimentant sur des bases « toutes neuves ».

« Moroccan roll »…

- Une pochette superbe signée Hipgnosis, ces créateurs de rêves pelliculés.

- Un son d’une absolue clarté permettant une mise en relief de chaque titre mais aussi un éclairage détaillé, bien que sans excès, sur chaque instrumentiste pour une production pourtant aux antipodes de celles américaines, taillées en force et appuyant sur le son des individus (reste de la composante du jazz et de la notion de soliste) alors qu’ici l’approche de restitution reste avant tout collective, fusionnelle, globale et surtout légère.

- Un chapelet de titres qui ne faiblissent pas, qui n’ont pas pris une ride et qui s’enchainent avec une logique implacable, une « histoire » sans heurts.
Un patrimoine issu des concepts albums depuis « Sergent Pepper » et dont « The Lamb » est un archétype.

Voilà certaines des qualités de ce « Moroccan Roll » au sein duquel Phil Collins s’intègre en toute simplicité musicale, sans aucune « prise de pouvoir », se contentant juste de mettre au profit de ce jazz-rock à l’anglaise son puissant jeu de batterie et sa voix, pas encore taillée pour les charts, mais à considérer telle une touche de couleur, un axe qui fait sortir l’écoute du tout instrumental vers une alternative bienfaisante.
Un axe qui a surpris bien des fans de Genesis en ces années fin seventies.

Au-delà des influences induites par l’ancien claviériste de Miles, nous allons trouver au fil de l’album de nombreuses affiliations aux Beatles ; ce jusqu’à l’évidente ré-assimilation du sitar Shankar/Harrison ; ce jusqu’à la construction presque logique des morceaux instrumentaux en forme pop song.
Coté harmonique il sera intéressant de constater que là où Chick Coréa et ses comparses restent dans les fondamentaux du jazz tout en s’européanisant avec les modes hispaniques ou les trilles baroques, Brand X use de façon quasi exclusive des progressions courantes du rock prog, telles qu’utilisées chez King Crimson («In the Court » - « Red »), Yes (« Relayer »), ELP (« Tarkus ») ou encore Gentle Giant.
En véritable groupe de fusion, se voulant effectivement expérimental, Brand X mélange toutes ces orientations et il aura également tendance à fléchir vers un orient relu, comme romancé en vision occidentale, qu’il soit proche, moyen ou lointain.
La pochette éclaire quelque part cette quête vers des modes ouvrant de nouvelles possibilités d’improvisation.

Avec Brand X, le jazz-rock, ici réelle pré fusion va probablement inonder un nouveau public.
Ce public émule de Genesis s’arrêtera alors, ou pas, sur une série d’albums au concept essentiellement instrumental, fait véritablement nouveau pour lui, parallèles aux sorties des albums de Genesis, médiatiquement relayés lors d’interviews par un Phil Collins véritablement porte-parole de ce groupe pour lequel il ne tarit pas d’éloges et se passionne.
Ce public nouveau – dont je fais implicitement partie - l’est également pour le « nouveau » Genesis, qui, au fil du temps va clore les seventies avec une trilogie d’albums pour se lancer vers la course aux charts.
Un nouveau Genesis qui va se démarquer de son ancien leader Peter Gabriel et qui aura peine à s’affranchir de l’aura de son nouveau leader qui semble courir en tous sens musicaux, multipliant les rencontres, prestations, partenariats, s’autorisant la production, jammant de ci, de là au fil de sa popularité : Phil Collins dont l’album « Face value » - véritable raz de marée commercial – va être le point d’inversion de sa carrière de personnalité au profit du collectif vers une montée en puissance de son identité de leader chanteur plus que batteur.
Il quittera progressivement le navire Brand X, non sans avoir gravé avec eux de merveilleux albums dont la force musicale prouve une avidité de musique, de créativité, de plaisir à jouer, non sans avoir aidé à l’ascension de ce groupe innovant et pas uniquement par son nom, mais bel et bien par la mise au service de celui-ci de ses formidables capacités musicales et instrumentales.

« Moroccan Roll » est un album important.
Brand X est un groupe qui l’est tout autant.
On en parle peu, on a oublié le groupe qui pourtant est toujours en activité, le milieu du jazz, quel que soit sa « terre de jeu » reste soumis aux aléas des jam sessions, des changements récurrents de personnel.

Brand X : Morrocan roll - écoute gratuite et téléchargement MP3

« Sun in the Night » va interpeller par ses deux éléments forts, le sitar, ici joué de façon guitaristique (la guitare étant jouée de façon « sitaristique »), ce jusqu’au solo quasi « Al Di Méolesque » et la voix de Phil Collins, chantant dans une langue aux "accents" d’orient des Mille et une Nuits.
Les envolées de basse confirment malheureusement le constat évoqué ci-dessus et le drumming est sévère, technique, puissant.
L’oreille a accroché sur ce premier titre en mode voyage, il n’y a plus qu’à enfiler le costume de lin, mettre le chapeau tel que la pochette le conseille et continuer le périple.

« Why should I lend you mine (When you’ve broken yours off already) » - ses synthés perçants et moelleux à la fois,ses effets guitares, son motif tournoyant qui axe la composition, son fender aérien qui s’échappe vers le free pour re-moduler un motif qui est obsessionnel.
On peine à s’en échapper de ce motif… et le matériau thématique n’arrive pas à faire l’écoute s’affranchir de celui-ci.
Il y aura pourtant ce pont sublime, dense et puissant qui va rompre pour laisser le voyage continuer, mais cette fois ci, Robin Lumley a décidé l’envol, l’espace. John Goodsall tente des petits gliss à la Wah Wah Watson sur un tapis de percussions fines et éparses avant de finir en beauté par un solo duettiste avec son confrère claviériste, véritable tailleur de diamants lumineux et aux facettes rayonnantes.
Cette dernière phrase soliste de guitare sonne comme un thème oublié… et restera alors, finalement, en mémoire.

« Maybe I’ll lend you mine after all »… est bien la suite de ce titre à rallonge…
Un piano éthéré, une voix réverbérée à outrance, un minimalisme quasi Satie, une ambient digne des « Music for Films » de Eno, ce jusqu’au format …
Magique.

« Hate Zone ».
Phil Collins a écouté Lenny White et Billy Cobham et sait déjà que le break de « In The Air Tonight » va faire un malheur…
Ce titre aurait pu être grandiose si Percy Jones n’en mettait pas en tous sens rendant le propos baroque approximatif malgré un formidable solo de Goodsall, des clavinets sautillants et presque funkys et un thème très « anglais ». La zone est franchie… je peine avec cette contrée.

« Collapsar » nous ramène vers des horizons mirifiques.
Au gré d’arpèges délicats moogs et synthétiseurs s’installent pour des élans scintillants de rayons lumineux.

« Disco Suicide » et son thème perçant en développement multipartite ne peut s’émanciper du modèle du guerrier romantique ce jusqu’aux envolées pianistiques acoustiques, en passant par le drumming ouvert et le riff d’appuis.
Le pattern de batterie et la construction qui en découlent sont très porteurs et constituent l’échine du titre en tiroirs multiples. Cette fois Percy Jones met sa virtuosité au service du groove pour soutenir un solo de claviers féroce et nuancé oscillant entre moog et fender.
Des grappes de notes communes et virtuoses décident de lancer un final éblouissant tout en cloches de concert – vocaux d’hymnes génésisiens – cymbales china intenses – tapis de string ensembles.
Un coup de maître que ce suicide du disco.

« Orbits » est un titre qui met en valeur Percy Jones et qui synthétise en une minute trente les qualités et excès de son jeu. Traité avec effets reverse, c’est un moment transitoire pas si anecdotique que cela – une introduction, sorte de récit instrumental permettant d’aller vers :

« Malaga Virgen » sorte de fausse samba stratosphérique, au thème guitaristique chargé d’aise, à l’exécution pointue et ténue. John Goodsall a sorti sa guitare acoustique et tente les écarts hispanisants, Percy Jones prend le pouvoir et Robin Lumley aura finalement le dernier mot sur ces rythmiques funky de guitare pour un solo décidément encore une fois absolument brillant de texture à la fois sonore, mais aussi de qualité de jeu. Un formidable claviériste que cet artiste.
La dernière partie, mystérieuse avec les percussions indispensables de Morris Pert lui laisse le mot acoustique pour des myriades de notes qui vont permettre à John Goodsall de faire montre d’une incroyable aisance en jeu de guitares re recordées avant la reprise du thème en boucles virtuoses.
Le tube de l’album ?

« Macrocosm » va conclure ce parcours captivant.
Les guitares arpégées aux harmonies penchant vers le rock prog et Soft Machine sont au cœur du titre soutenant un thème moogé à la sonorité désormais bien indentifiable.
De nombreuses bribes collées viennent perturber cette ligne directrice avant de laisser la place à un beat intense idéal pour une démonstration de virtuosité des protagonistes. Phil Collins ferraille de cymbales en tous sens, Robin Lumley a oublié ses traces mélodiques pour courir sur les touches et John Goodsall sort finalement vainqueur de cette joute dispensable dont seul le thème final va rester en mémoire.
Une joute guerrière, un dernier combat virtuose inutile qui aura pour point d’orgue une explosion collée en ultime descente, pour un retour à la réalité.

Bon, je crois bien que je vais me le remettre, il y a là tant de musique…
Et puis, ces petites transitions sont vraiment à approfondir, ces petits instants de magie, glissés là au milieu de ces moments de torrides prises instrumentales propulsées par ces cinq Brand X, venus là donner un éclairage différent au style décliné jazz rock, un éclairage « so british ».

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SPHEROE – « Spheroe » - 1977.

Patrick « Cactus » Garel / Batterie, Percussions, Claviers – Gérard Maimone / Piano Fender, Vibraphone, Synthétiseurs Moog, Arp et Korg, Piano Acoustique – Rido Bayonne / Basse Fender, percussions – Michel Perez / Guitares électriques et acoustiques.

Spheroe, voilà un groupe que j’ai idolâtré dès leur premier album.
Difficile de réellement « analyser » pourquoi, quelles raisons, mais, dès l’écoute de « Black Hill Samba » il s’est passé ce truc indéfinissable qui fait que l’on adhère, d’instinct.
Là encore la référence à RTF était évidente.
Mais, le propos m’est surement apparu plus « abordable », en tout cas plus proche de mes maigres références en cette année 1977 où j’étais encore empreint de culture rock et classique, tout en ayant découvert Miles et sa déviance électrique et commençant à ouvrir le champ vers l’immense patrimoine de suiveurs qu’il laissait sur son chemin.

Dès cet album éponyme le groupe avait eu le soutien de la presse dont Hervé Picart, toujours très influent (il est d’ailleurs remercié au dos du vinyle). 

Je résidais en région Rhône Alpes à Grenoble et le groupe était constitué d’idoles locales, nommées depuis un certain temps sur les lèvres des adultes fervents de cette musique comme référents.
Maimone admiré des pianistes, Perez, omniprésent dans les dialogues de guitaristes.
Pour ma part c’est Cactus Garel qui avait focalisé mon attention avec sa batterie Orange high tech et ce bassiste Rido Bayonne ne pouvait laisser l’auditeur inattentif vers les quatre cordes groovantes sur lesquelles il faisait montre d’un feeling jouissif et jubilatoire.

J’ai dû aller aux concerts du groupe au moins trois fois…
J’adorais…
Je ressortais gonflé de cet espoir adolescent qui fait penser que c’est possible de s’imaginer vivre d’une musique qui vous passionne et pour laquelle on consacre un temps, une énergie, une part de vie incalculables.

Ce premier album m’a suivi partout et pour ce faire je l’avais enregistré en cassette, je l’ai offert à nombre d’amis et je me le suis fait piquer au moins trois fois m’obligeant à le racheter régulièrement.
Puis il y eut « Primmadonna » que je n’ai pratiquement pas écouté, curieux changement d’attitude à l’égard de ce groupe qui résumait en un premier album tout ce que j’attendais du style jazz rock enfin en mode frenchy.

Aujourd’hui il m’a été délicat de sortir des sensations de ces premières écoutes bien installées en mémoire drummistique de prime abord, mais j’ai réalisé progressivement que cette mémoire était en fait installée dans une progression s’apparentant à un réel concept « écrit » de la musique de ces lyonnais.

En effet, là où RTF va écrire (et l’on sait si Chick Corea est un maître en la matière pour la composition reposant sur l’écrit – « three quartets » / « my spanish heart » / « septet » / « children’s songs » etc…) pour ouvrir le champ aux solistes, là où Brand X va conceptualiser autour d’un son pour inscrire les solistes dans la globalité de celui-ci, le propos de Spheroe m’apparait comme « globalement » systématiquement écrit, chaque titre montrant une succession de riffs, d’idées clairement composées et enchaînées, peu improvisées, mais assemblées de façon progressive (justement) afin de constituer l’ensemble final.
Au sortir la musique avance alors de bribes thématiques en « fausses » improvisations, principalement mélodiques en place d’une virtuosité autour de gammes et modes issus de l’harmonie.
Quelques improvisations vont alors se glisser par touches, ce qui est logique, mais elles seront vite récupérées par un axe balisé, composé, arrangé, qui apparait comme immuable – je crois d’ailleurs me souvenir qu’en concert, l’album « reproduit » n’offrait guère de surprises si ce n’est que, de temps à autre ces plages devenaient un peu plus larges compensant les courts moments destinés à l’improvisation gravés ici en studio.
J’ai alors pensé que cette formidable matière musicale serait idéale pour une transposition pour grand ensemble et de là m’est venu le rapport direct avec Weather Report, ce big band électrique au sein duquel l’improvisation se glisse sous un axe délibérément écrit.
Si l’on veut excepter le rapport direct aux espagnolades et trilles de Chick Corea, cette musique procéderait alors comme celle perceptible dans « Tale Spinnin » ou encore « Sweetnighter » avec juste en ligne parallèle de franches incursions dans le magma sonore des premiers Mahavishnu Orchestra.
Une orientation stylistique auréolée de références pour, au sortir, un projet réellement authentique, personnel, empreint de, mais sans aucune évidence de mimétisme de jeu instrumental.

« Black Hill Samba » (Black Hill Samba - Spheroe | www.deezer.com) qui est aux antipodes de l’idée même que l’amateur de jazz « made in Brasil » ou dévié peut se faire et « Chattanooga » (Chattanooga - Spheroe | www.deezer.com) sont les titres socles de cette direction musicale.
Ils ont été composés par Gérard Maimone.
Tels "un buffet à volonté" ils proposent, "tout en un", une telle profusion d’éléments qu’un fil conducteur sera difficile à tracer.
Pourtant, au détour d’une envolée lyrique de Michel Perez (quel guitariste !), de patterns rythmiques de Gérard Maimone (au son de Fender plus proche finalement de Jan Hammer que de Chick Corea), d’une abondance de rythmes complexes mélangeant carrure et asymétrie de Cactus Garel (toujours intéressant et créatif) et d’une basse de soutien souple mais d’une formidable stabilité de Rido Bayonne, l’auditeur arrivera à retenir ce trajet aux paysages multiples, développé en points d’arrêts sur images successifs.

« Vendredo au Golfe Drouit » (Chattanooga - Spheroe | www.deezer.com) composé par Michel Perez et « Pu Ping Pong » (Pu Ping Song - Spheroe | www.deezer.com), composé par Gérard Maimone sont comme des titres synthèse (à la référence indissociable au « Romantic Warrior ») agissant en frontière entre cette approche écrite de cette samba et de chattanooga et une direction plus éthérée, bien française et « classique » d’écriture, inscrite dans les ballades superbes que sont « Contine » (Contine - Spheroe | www.deezer.com) et « Ballade For Wendy » (Ballade for Wendy - Spheroe | www.deezer.com).

Au passage, « Deconnexion » (Deconnection - Spheroe | www.deezer.com) est bien plus qu’une composition de Cactus Garel destinée à mettre en valeur son jeu de batterie (par ailleurs plus rock que jazz) et celui de son alter ego Rido Bayonne… c’est un titre véritablement différent du reste de l’album, ouvert sur la perspective plus tangible cette fois ci de l’improvisation à partir d’une thématique.

Remarquablement produit avec un son âpre et brut, presque live, cet album mettait en avant un groupe hexagonal issu d’un secteur autre que celui de la capitale ou de sa banlieue – il semblait important aux rhône alpiens que de s’en amouracher…
Sorte de fleuron précurseur de cette nouvelle orientation empreinte de jazz mais nourrie aux ressortissants de Miles, Spheroe en 1977 m’est apparu aux côtés du raz de marée kobaien comme un groupe aux repères évidents mais sans complaisance, respectueux d’une correspondance à des références et voulant porter chez nous ce style vers un des niveaux les plus hauts.

De Spheroe et de RTF (mais pas de Brand X) nous vinrent l’idée de créer Sher Khan, un trio reposant sur des données identiques, où chaque tutti initié par le guitariste, Eric M, était soigneusement et longuement travaillé en fusion par Marc et moi-même (basse et batterie) jusqu’au moindre détail, où chaque plage destinée à l’improvisation était portée par des points d’écriture immuables, où les mesures s’enchevêtraient au fil des titres composés en progression collective à l’issue d’idées trouvées ensemble en répétitions ou apportées par l’un d’entre nous pour être développées jusqu’à l’usure et en tirer la matière substantielle.
Un trio parmi tant d’autres de cette émergence musicale autour du jazz rock.
Un trio tel qu’en et autour de nombreuses villes de l’hexagone il en germait à tout va en cette fin de seventies, tout comme germaient nombre de reggae groups, de punk groups et autre new wave addicts…
Des groupes tels que Spheroe ont contribué à une évolution des mentalités.

Le jazz électrique a envahi les scènes des jazz clubs apportant avec lui un nouveau public, de nouveaux comportements en "dé-sectarisant" quelque part ce milieu.
Il a ouvert de nouveaux espaces scéniques récupérés bien souvent par le milieu estudiantin qui, comme au campus de Saint Martin D’Hères n’hésitait pas à programmer en tous sens sur la même échelle de valeur et sans distinction stylistique affichée des groupes tels que Spheroe, Steve Hillage, Ash Ra Temple, Dr Feelgood, Bijou, Odeurs, Lavilliers.
Et bien des groupes locaux pouvaient bénéficier d’une reconnaissance, d’un coup de pouce grâce à ces initiatives et passaient alors en première partie.
C’est ainsi que Sher Khan eut la chance de côtoyer Phileas Fog, de rencontrer Steve Hillage et d’assister systématiquement aux concerts de Spheroe…
La salle des concerts, face au théâtre de Grenoble affichait complet avec une foule bigarrée.
Sous le théâtre, les caves du jazz club, destinées à entreposer ou répéter pétaient les plombs, peu habituées à ces nouvelles ères électrifiées tandis que les voisins situés dans les appartements du dessus pétaient d'autres sorte de plombs...
Les amphis et les salles omnisports de la fac se transformaient en lieux où toute la musique est possible et la maison de la Culture de la ville osait sortir des sentiers battus ouvrant ainsi son immense bâtiment austère à ces nouvelles esthétiques, dont Gérard Maimone fut par la suite un acteur institué.


Quand...
je mets sur la platine cet album au Cobra affiché en label,
qu’au dos je revois nos quatre idoles en cuir noir affublés comme le dernier groupe d'accompagnateur de Johnny...
et qu’en pochette je me prends à décrypter cette sphère planétaire digne des Maîtres de Temps de Moebius dans laquelle une usine semble s’enfermer définitivement pour laisser un univers vierge s’installer,
je ne peux m’empêcher cette vague de souvenirs où l’on rêvait de la vie de musicien, de scène, de tournées, où la création collective avait valeur d’éthique, où le rêve américain s’éloignait au profit d’une réalité locale bien palpable et accessible.


Alors, tentez l’expérience…
Dans la foulée, mettez à la suite « Romantic Warrior », « Moroccan Roll » et « Spheroe ».
Une bien intéressante trilogie installée sur cette ligne esthétique progressivement mise en place par un quartet d’idoles charismatiques regroupées sous le nom de Return to Forever…